Profil :
Né le 2 decembre 1971, je ne
suis pas tombé dans le bateau quand j'étais petit,
mais cette passion dévorante de la voile est apparue à l'age
de 17 ans. Dès lors, il ne s'est pas passé une journée
sans que mon attention ne soit tournée vers ces formidables
engins que sont les voiliers. Une formation scientifique, la pratique
de sports aériens (vol à voile et voltige aérienne)
et de nombreuses navigations sur différents
types de voiliers m'ont permis de me former avec rigueur au métier
fabuleux de concepteur mais aussi constructeur de voiliers modernes.
Approche du voilier :
Le rôle de l'architecte n'est pas de vous vendre le bateau
parfait qui n'éxiste (mal) heureusement pas. A mon avis
son rôle est de vous conseiller et de vous orienter
vers le voilier qui correspond le mieux à votre besoin du
moment. Il brisera certainement certains de vos phantasmes, mais
son approche pragmatique du projet évitera certains choix
architecturaux désastreux à trop vouloir 'tout'.
Un voilier est avant tout le résultat d'une somme de compromis
dont le futur propriétaire à pris conscience et est
prêt à en assumer les avantages et inconvénients.
Genèse d'un voilier :
Je vous propose un exposé rapide et non exhaustif des différentes
possibilités offertes pour la genèse d'un voilier.Cet
exposé n'est
pas un cours d'architecture navale, mais juste une introduction
sommaire permettant au plus grand nombre de se faire une idée
saine des choix offerts par la construction navale de plaisance.
LES MATERIAUX :
L'acier :
C'était le matériaux de référence à la
grande époque de la construction
amateur. Il
est peu cher (c'est aujourd'hui de moins en moins vrai), incontestablement
solide, sa mise en oeuvre demande un vrai savoir faire. De très
bons bateaux de mer ont été fabriqués en acier.
Il faut cependant réserver l'acier aux voiliers de plus
de 12 mètres
si l'on veut conserver un niveau de performance décent.
L'entretien est très contraignant.
L'aluminium :
On peut dire que c'est l'acier moderne, il en reprend la plupart
des qualités sans les défauts. Sa mise en oeuvre
est encore plus conditionnée par le savoir faire du constructeur
que pour l'acier. On lui attribu des vertues de résistances
incroyables, et c'est aujourd'hui le matériau quasi incontournable
pour le candidat au grand voyage. S'il est vrai que les bateaux
en alu de voyage sont solides, il est aussi
vrai qu'ils sont lourds et très souvents lents. On peut
faire des voiliers en alu légers, mais ils deviennent alors
beaucoup moins solides, et surtout on peut voir le bordé se
marquer au fil des miles. La résitance à la fatigue
de l'alu n'étant pas sa qualité
première, je pense que dans le cas d'unité performantes
il vaut mieux se tourner vers des materiaux plus adaptés.
Le polyester :
C'est le matériau de loin le plus répandu. Son principal
avantage est sa capacité à produire vite et pas cher.
C'est à mes
yeux ses seules qualités. Les coques obtenues avec ce materiaux
sont peu raides, lourdes (mais relativement solides), et la mise
en oeuvre
notamment au niveau des liaisons coques/pont laisse souvent à désirer...On
ne trouve aucun aéronef construit dans ce materiau. Sa mise
en oeuvre nécessite peu de savoir faire, mais par contre
il faut des moules, il est donc inadapté à la construction à l'unité.
Le bois classique :
On l'a utilisé pendant des siécles, il donne des
bateaux solides mais lourds, la mise en oeuvres nécessite
un vrai savoir faire et elle est des plus fastidieuse mais néanmoins
très noble. Sauf
pour quelques amoureux de la belle ouvrage on n'utilisera pas ce
matériau.
Le contreplaqué-époxy :
Le contreplaqué a grace à l'époxy, retrouvé un
réel intérêt dans
la construction de bateaux modernes. Il va permettre de construire
des bateaux légers voir très légers, et moyennant
des renforts stratifiés (verre, carbone, ou kevlar) on va
pouvoir rendre ce matériau très solide y compris à l'impact.
A poids égal, un bordé
en CP époxy renforcé de tissus multiaxiaux verre,
serait nettement supérieur à un bordé en alu
ou en acier. Cela est très difficile
à admettre par les défensseurs de l'alu ou l'acier,
mais il suffit de s'amuser à réaliser des échantillons
de poids égal et de les
passer aux bancs de flexions et tests de dureté destructifs
pour faire tomber des certittudes trop répandues.
Sa mise en oeuvre est des plus simple, et ce d'autant plus depuis
la démocratisation de la découpe numérique.
Le devis de poids de l'architecte est facile à tenir. La
résistance à la
fatigue est excellente, l'entretien réduit au
minimum (il
faut
cependant
soigner dans les meilleurs délais toutes éraflures
qui aurait traversée les couches de stratifications pour
atteindre le contreplaqué
lui-mème), et au bout de quelques années d'utilisation
il est très
facile de lui redonner l'aspect du neuf.
Pour finir de convaincre les sceptiques, il faut savoir que aujourd'hui
encore les avions de voltiges sont construits avec ce materiau.
Au chapitre des défauts on retrouve l'obligation de coques à bouchains
vifs (c'est un défaut surtout esthétique), mais aussi un moyen
de construction assez couteux, difficilement industrialisable,
donc dont la diffusion est assez restreinte.
Le strip-planking :
Il reprend les avantages mécaniques du CP époxy,
avec l'avantage de pouvoir réaliser des coques en forme.
La construction est néanmoins
plus fastidieuse notamment en heures de ponçage.
Le bois moulé :
Mécaniquement on approche la perfection, esthétiquement aussi,
malheureusement la mise en oeuvre est vraiment longue et demande
beaucoup de rigueur.
A résever aux amoureux du bois moderne performant.
La fragilité aux impacts commune au CP époxy se
corrige de la même manière, à savoir une stratification
extérieure.
Le sandwich :
On peut tout mettre dans un sandwich!!! On considère donc un sandwich
moderne avec des matériaux et des échantillonnages choisis
en fonction du programme et des moyens de mise en oeuvre. Il est constitué de
peaux (elles peuvent ètres en fibres de verre, carbone, kevlar
et mème en CP)
séparées par une ame (qui peut etre en mousse PVC dans
la majorité
des cas, ou nid d'abeille, balsa et meme CP).
Dans ces conditions le sandwich c'est le top du top, vous pouvez
obtenir du très leger et très solide (open 60, vor 70,
ou démineur
de la marine nationale!).
La mise en oeuvre ne supporte pas l'approximatif, et si vous le
réalisez dans les règles de l'art vous aurez ce qu'il y a de mieux
pour construire un voilier moderne, performant et solide.
LES CHOIX ARCHITECTURAUX :
LES MONOCOQUES :
Il ne s'agit pas ici de prendre parti pour tel ou tel type de bateau,
la vérité absolue n'appartient pas à l'architecture
des voiliers de plaisances. Il existe de mauvais quillards, de mauvais
dériveurs
et
vices versa. Il faut se garder de stigmatiser tel ou tel type de
conception, mais bien comprendre les choix et sacrifices que l'on
fait en choisissant sont camp.
Pré-requis:
Pour juger mais surtout comprendre objectivement chaque type de
voiliers, il est préférable de comprendre les lois élémentaires
qui régissent le fonctionnement d'un voilier.
Pour avancer à la voile il faut :
Du vent ( Gag!) : c'est le carburant de notre voilier.
Un moteur : la voilure
Un chassis(pour encaisser la puissance du moteur) : la coque avec
un lest plus ou moins important
Des roues : les appendices
Le rendement ou l'efficacité de ce systéme est comme
en mécanique,
basé sur un rapport, celui du poids/puissance.
Pour notre voilier, la puissance c'est l'aptitude à porter
de la toile. Elle est le produit de la masse du navire par
l'écart latéral entre le centre de gravité du
navire et la réaction
de la
poussée
d'archimède
appliqué au centre de carène.
Cet écart est nul à la gite 0, puis croit jusqu'a un certain angle
(puissance maxi), il décroit alors jusqu'a redevenir nul (angle de
chavirage statique).
Cette puissance est le moment de redressement M=P(poids du navire)*d(ecart
entre Centre Gravité et Centre Carène).
Pour augmenter la puissance sans augmenter le poids, il faut augmenter
le éecalage latéral du centre de carene à la
gite, la solution est vite trouvée, on élargi la coque (le
cas extrème s'appelle multicoques!).
Le poids est entre autres lié aux matériaux utlisés,
mais aussi et surtout à l'option architecturale retenue.
Les dériveurs :
A peu près chacun d'entre nous a rêvé d'un
bateau échouable, permettant
d'explorer une riviére ou tout simplement rentrer dans son
port à
marée basse. C'est possible, mais ce choix n'est pas sans
conséquence.
Dans ce cas le lest est dans le fond de la coque, on comprend aisément
qu'il se deportera peu à la gite et donc le 'd' sera faible,
pour avoir de la puissance il ne nous reste plus qu'a augmenter le
poids
P.
Pas facile dans ces conditions d'avoir un bateau puissant et léger,
on peut dire adieu aux performances élevées. Cependant
si l'architecte soigne les profils des appendices, que le matériau
de construction
est léger et solide (un sandwich par exemple) et que la caréne
est bien conçue, on peut quand même obtenir un voilier
capable de remonter au vent, de tenir de bonnes moyennes en relation
avec sa longueur. Malheureusement
l'expérience montre que pour ces bateaux on accumule souvent
les facteurs agravants (alu et acier) , safrans montés sur
mécanismes
lourds, enrouleurs pour génois et trinquette quand ce n'est
pas pour la gv. Le résultat est connu, ces bateaux sont lents
dans la totalité
des conditions météos, et la plupart du temps incapables
de remonter au vent efficacement sans l'aide de leur moteur.
Les quillards :
Adieu les échouages ou les remontées de rivières,
ici on a du tirant d'eau, et un lest perché le plus bas possible
(dans le cas idéal d'un bulbe en plomb). La puissance maxi est obtenue
en abaissant au
maximum le lest et en élargissant au maximum la coque. La limite
est celle que votre programme de navigation (et de votre porte monnaie)
vous impose (dans quels ports ou criques vais-je pouvoir entrer avec
4m
de tirant
d'eau?)
Nous voila à nouveau dans le domaine du compromis...On jouera
sur tous les paramètres possibles pour atteindre le meilleur compromis
(largeur=puissance mais surface mouillée, poids de coque supérieur;
tirant d'eau court= accès au mouillage mais plan antidérive
moins efficace et poids superieur). Le plus dur sera de faire ses
choix.
Sans vouloir faire d'humour noir, je pense qu'un bon quillard vaut
mieux qu'un mauvais dériveur!
N'oubliez pas non plus que la puissance à un coût!
Les autres formules :
Biquilles ou dériveurs lestés sont des variantes de
ce que l'on vient de voir, comme pour les dériveurs et quillards,
le meilleur
peu cotoyer le pire... ce n'est pas la formule qui conditionne la
réussite du projet , mais les coefficients que l'on va mettre!
LES MULTICOQUES :
D'un point de vue mathématique les multicoques sont l'aboutissement
de la formule. Ils le prouvent d'ailleurs par leurs performances extraordinaires
sur les unités biens conçues et mieux encore sur les
bateaux de course.
Malheureusement comme je l'ai déja dit plus haut, même si
la formule est bonne, on arrive à la massacrer moyennant quelques
coefficients défavorables (utilisation du polyester dans la
réalisation des catas
de serie, en ajoutant tout le confort possible associé à des
parcs batteries et aménagements en panneaux massif d'aggloméres),
chargement excessif... et la, vous obtenez ce qu'il y a de pire pour
un multicoque.
Entre ces deux extrèmes il existe heureusement des multicoques légers,
solides , confortables et très marins...Mais bien évidement couteux.
Maintenant que les grandes lignes sont connues, on va pouvoir
corser un peu le débat :
Bateaux larges ou étroits :
A suivre... |